Nelson Mandela
L'ex-Président sud-africain Nelson Mandela, le prisonnier politique le plus célèbre du monde, a consacré son existence à lutter contre l'apartheid et à prôner la réconciliation des peuples d'Afrique du sud. L’Afrique du Sud célèbre les 20 ans de sa libération. Le pays tout entier rend hommage à celui qui a fait tomber le régime de l’apartheid. Premier président noir d'Afrique du Sud, Nelson Mandela, aujourd'hui âgé de 91 ans, a acquis le statut de monument historique.
Une enfance africaine : 1918-1927
C'est en plein hiver austral, le 18 juillet 1918, que naît Nelson Rolihlahla Mandela, fils de Gadla Henry Mphakanyiswa et de Noseki Fanny, et de ce fait membre de la maison royale des Thembus.
Son premier prénom, il le doit à son père et à la passion que celui-ci voue à l'amiral anglais vainqueur des marines française et espagnole à Trafalgar. Son second, il le tient de la tradition xhosa (1). "Tirer la branche d'un arbre ", en est la traduction à la lettre. " Celui qui crée des problèmes ", en est la traduction dans l'esprit.
De là à penser que le baptême indique d'ores et déjà au nouveau né le chemin à suivre, il y a un pas qu'il ne faut pas franchir...
Surtout en cette année 1918, surtout à Mvezo, petit village traditionnel de la région rurale du Transkeï. La rivière Mbashe à quelques mètres du " kraal " (le village familial) fait office de frontière. Umtata, la capitale provinciale située à quelques dizaines de kilomètres de là , figure l'au-delà d'une limite qu'on ne franchit presque jamais.
Quant à Johannesburg, the " Big city ", c'est déjà la planète Mars. Ne parlons même pas de Versailles, même si cette année-là , s'y tient un Congrès de la paix suivant de peu la fin de la Première Guerre mondiale, même si une délégation de l'ANC s'y rend pour attirer l'attention de la communauté internationale sur le sort des Africains d'Afrique du Sud. La communauté internationale avait bien autre chose à faire. Mvezo aussi.
C'est donc l'insouciance et la tradition qui accompagnent le petit Nelson dans son enfance. · peine le tranquille cours de la vie est-il légèrement troublé par un déménagement forcé.
Une formation d'" Anglais noir " : 1934-1941
En attendant, le régent estime qu'il est l'heure pour son fils de devenir un homme. Dans la tradition xhosa, cela prend la forme de la circoncision. " Un Xhosa non circoncis est une contradiction dans les termes, car il n'est pas du tout considéré comme un homme mais comme un enfant. "
Janvier 1934, Nelson Mandela devient un homme... mais pas tout à fait comme les autres Xhosas puisque son destin était de devenir conseiller du futur roi Sabata. " Tu n'es pas fait pour passer ta vie à travailler dans les mines d'or de l'homme blanc sans savoir écrire ton nom ", ne cesse de lui répéter le régent avant de l'envoyer au collège de Clarkebury, digne institution anglaise et meilleur établissement pour Africains du Thembuland.
L'élève appliqué et doué d'une excellente mémoire décroche son brevet en deux ans au lieu des trois prévus. Ce qui l'amène, en 1937, au lycée de Fort Beaufort, où il retrouve son frère Justice.
Dans son autobiographie, Nelson Mandela reviendra assez sévèrement sur cette période : " Nous aspirions à devenir des " Anglais noirs ", comme on nous appelait parfois par dérision. On nous enseignait - et nous en étions persuadés - que les meilleures idées étaient les idées anglaises, que le meilleur gouvernement était le gouvernement anglais et que les meilleurs des hommes étaient anglais ".
Mais, à l'époque, le jeune Mandela ne se doute pas de ce que pensera le vieux Mandela et s'applique à devenir un bon " Anglais noir ", à tel point qu'il est nommé " préfet " (élève responsable de la discipline). Pas à pas, il grimpe dans cette échelle sociale si particulière, et touche le sommet en entrant, en février 1938, à l'Université de Fort Hare, le Cambridge des Noirs d'Afrique du Sud, qui ne compte que 150 (mal)heureux élus.
L'anglais, l'anthropologie, la politique, l'administration indigène, le droit hollandais sont au programme. L'objectif de l'Université est clair : former les futurs cadres politiques, administratifs et religieux des Etats noirs que les pouvoirs blancs tentent de créer afin d'y parquer la population " indigène " non productive et faire des ouvriers des travailleurs immigrés dans l'Afrique du Sud blanche.
L'éveil à la politique : 1941-1944
Quand devient-il un " combattant pour la liberté " ? Lui-même se refuse à répondre : " Je suis incapable d'indiquer exactement le moment où je suis devenu politisé, le moment où j'ai su que je consacrerais ma vie à la lutte de libération.
Òtre Africain en Afrique du Sud signifie qu'on est politisé à l'instant de sa naissance, qu'on le sache ou non. Un enfant africain naît dans un hôpital réservé aux Africains, il rentre chez lui dans un bus réservé aux Africains, il vit dans un quartier réservé aux Africains, et il va dans une école réservée aux Africains, si toutefois il va à l'école.
Quand il grandit, il ne peut occuper qu'un emploi réservé aux Africains, louer une maison dans une township réservé aux Africains, voyager dans des trains réservés aux Africains et on peut l'arrêter à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit pour lui donner l'ordre de présenter un pass, et s'il ne peut pas, on le jette en prison. Sa vie est circonscrite par les lois et les règlements racistes qui mutilent son développement, affaiblissent ses possibilités et étouffent sa vie.
Je n'ai jamais connu d'instant exceptionnel, pas de révélation, pas de moment de vérité, mais l'accumulation régulière de milliers d'affronts, de milliers d'humiliations, de milliers d'instants oubliés, a créé en moi une colère, un esprit de révolte, le désir de combattre le système qui emprisonnait mon peuple. Il n'y a pas eu de jour particulier où j'aurai dit : à partir de maintenant, je vais me consacrer à la libération de mon peuple ; à la place je me suis simplement retrouvé en train de le faire sans pouvoir m'en empêcher.
Naissance d'un militant : 1944-1952
Voilà comment, sans pouvoir s'en empêcher, il participe à sa première manif en août 1943 contre l'augmentation des tarifs de bus (" De façon modeste, j'avais quitté mon rôle d'observateur pour devenir participant ") ; comment il s'" abonne " à la maison de Walter Sisulu, " La Mecque des militants et des membres de l'ANC " ; comment il participe à la création de la Ligue de la jeunesse un dimanche de Pâques 1944 en compagnie notamment de Sisulu, Oliver Tambo et Anton Lembede ; comment il renoue avec les principes fondateurs de l'ANC contre les maîtres de l'organisation devenus des barons amorphes ; comment il accepte sa première responsabilité à l'ANC - membre du Comité exécutif de l'ANC du Transvaal - en 1947...
Vient alors 1948, l'année horrible. · la surprise générale, le Parti national remporte les élections blanches, sur la peur du " Swart Gevaar " (le " péril noir ") et sur son programme : " Die kaffer op sy plek " (" Le nègre à sa place "). Le premier ministre, un ancien pasteur de l'Eglise réformée hollandaise, le Dr Daniel Malan, construit immédiatement, brique par brique, loi par loi, le mur du " grand apartheid " (en opposition à l'" apartheid mesquin " qui prévalait jusque-là ).
Face à cette terrible entreprise, les " jeunes loups " de l'ANC veulent transformer le mouvement en véritable organisation de masse. En 1949, ils prennent le pouvoir.
Walter Sisulu est élu secrétaire général. Oliver Tambo et Nelson Mandela deviennent membre de la direction nationale. Le 26 juin 1950, l'ANC organise une journée de protestation contre l'assassinat de dix-huit Africains le 1er mai et contre le vote de la loi sur l'interdiction du communisme.
En 1952, la campagne de défi (non-respect des lois d'apartheid) qui dure plusieurs mois, rencontre un énorme succès. · tel point que le 30 juillet 1952, Mandela est arrêté par la police. Il est condamné, avec d'autres camarades, à neuf mois de travaux forcés, mais la sentence reste suspendue pendant deux ans. Nelson Mandela devient dangereux pour le pouvoir. C'est bon signe. La lutte a changé d'échelle. Elle changera d'époque avec le " Plan M " puis avec l'adoption de la Charte de la liberté.
M comme Mandela
Le " Plan M " pour Mandela. Devenu l'un des quatre vice-présidents de l'ANC en 1952, Nelson Mandela est chargé secrètement de préparer un plan permettant à l'organisation de travailler clandestinement.
Dès 1953, il affirme que le temps de la résistance passive est terminé, la non-violence est une stratégie vaine, elle ne renversera jamais une minorité.
En 1956, Mandela est arrêté et jugé pour trahison, mais il sera acquitté en 1961. Après le massacre de Sharpeville en 1960, l’ANC et le Congrès panafricain sont interdits. Mandela abandonne alors la stratégie non-violente de l’ANC et fonde une organisation militaire, Umkhonto we Sizwe. En 1962, il est condamné à cinq ans de travaux forcés et, en 1963, il est inculpé avec d'autres leaders, de sabotage, trahison et complot. Pour ces faits, il est condamné en 1964, avec sept autres militants, à la prison à vie.
Monsieur le Président
En 1990, après 26 ans de prison de détention pour raisons politiques (ce qui est un record), le président F.W. de Klerk supprime l’interdiction de l’ANC et libère Mandela, qui est élu président de l’ANC en 1991.
Les deux hommes conduisent alors les négociations qui mettent fin à l’apartheid, ce qui leur vaudra de recevoir le prix Nobel de la paix en 1993. Un an plus tard, à l'occasion des premières élections libres de l'histoire de l'Afrique du Sud, Nelson Mandela est élu président de « la nation de l’arc en ciel », siège qu'il occupera de 1994 à 1999.
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